[Sois fier] 

février 16, 2020

Maman, tu es épuisée. La nuit dernière, bébé a pleuré trois fois. 1h103h30, 5h55. Le plus dur, ce fut le réveil de 3h30. Tu étais en plein rêve, dans les limbes les plus enfouies de ton sommeil. Le cri est venu te chercher à l’autre bout de l’univers, dans un paysage grotesque où les arbres ressemblaient à des biberons, et les gens avaient des chapeaux en forme de tototte. Tu t’es levée, ahurieTu as traversé ton appartement avec la sensation d’être sur un bateau qui tangue. Des mois que ça dure, que tu n’as pas fait une nuit complète. 

Papa, tu es épuisé aussi. Toi, tu as fait les réveils de 1h10 et 5h55. Après, tu ne t’es pas recouché. Tu as préféré laisser ta femme se reposer, car dans le lit tu aurais tourné en cherchant le sommeil. Ce matin, tu as une réunion importante, et tu ne peux pas être en retard. Mais bébé a pissé sur ta chemise pendant que tu le changeais. Un petit jet vicieuxqui a suivi toute la ligne de boutons jusqu’au col. Et après, il a tiré les poils du chat et s’est pris un coup de griffe sur la joue. D’habitude tu fais toujours attention, mais une seconde d’inattention et… Foutue seconde d’inattention, qui persécute les parents depuis la nuit de temps. Il y a 20 000 ans, la seconde d’inattention c’était le tigre à dents de sabre. Aujourd’hui c’est le chat. Moins grave, mais emmerdant quand même. 

Maman, tu es épuisée, mais tu t’es quand même levée. Car, dans ton cœur de maman, tu sais qu’on ne laisse pas pleurer un bébé de 6 mois. Des théories absurdes ont circulé dans les années 50 à 80, mais aujourd’hui l’humanité a retrouvé son bon senset il est unanimement admis qu’un bébé qui pleure est un bébé en souffrance. D’ailleurs, tu as toi-même mal au ventre quand tu l’entends. Comme s’il était encore niché en toi, et que tu ressentais sa douleur au fond de ton être. Tu t’es levée, brisée de fatigue, et tu l’as réconforté, tu as calmé ses pleurs de ta voix douce et apaisante. À 20 ans, tu dormais tous les jours 10 heures non-stop. La moindre perturbation dans ton cycle de sommeil te mettait KO pour la semaine. Aujourd’hui, tu encaisses. Sans rien dire, par amour pour ton bébé. Sois fière. Et dis-le. Dis-le à haute voix : « Je suis fière. » 

Papa, tu es épuisé aussi. Et en retard à ta réunion. Tu vas te faire taper sur les doigts, car c’était une réunion importante, et ton chef a beaucoup insisté pour que chacun soit à l’heure. Les non-parents étaient à l’heure, eux. Mais trop d’obstacles se sont dressés entre toi et la salle-de-réunion du 3ème étage. Tu as dû nourrir ta fille, puis la changer, puis te changer toi-même, puis désinfecter sa joue, puis faire des tours de l’appartement jusqu’à ce qu’elle arrête de pleurer. Tu es un employé en retard, mais un bon papa. Sois fier. Dis-le à haute voix aussi : « Je suis fier. » 

Aux papas et mamans qui me lisent 

À tous ceux qui ont les paupières lourdes, le dos cassé, les doigts qui servent d’anneau de dentition. 

À tous ceux qui sont arrachés chaque nuit à leur sommeil. 

À toi, qui hier a fait un aller-retour aux urgences à 22 heures car ta fille s’est ouvert la tête. 

Et à toi, qui n’est pas allé au cinéma depuis deux ans. 

Ces quelques lignes sont pour vous. Pour toi. 

Pour vous rappeler que vous êtes des guerriers. 

Que ce que vous faites n’est pas anodin. 

Soyez fiers. 

Et dites-le. 

Écrivez-le. 

Partagez-le. 

Papa Plume 

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