[Lettre d’un papa aux gens qui font les lois – Suite]

novembre 6, 2019

Il y a quelques temps, j’ai écrit une lettre dans laquelle j’évoquais la nécessité de changer la durée du congé paternité (pour rappel 11 petits jours – weekend inclus). À ma grande surprise, cette lettre a été vue à date par plus d’1,4 million de personnes, partagée 12500 fois, et j’ai reçu plus de messages et de commentaires que je ne pourrais les compter. Vos mots/maux m’ont beaucoup touché. Parmi ces messages, beaucoup de récits personnels, de remerciements de la part de parents pour m’être fait l’écho de leur pensées, d’informations précieuses concernant les régimes des autres pays. Quelques harangues également, s’insurgeant qu’on ose demander plus, toujours plus à un État déjà surendetté, et qui a « d’autres chats à fouetter » que de donner des congés supplémentaires.

Ces harangueurs ne seront certainement pas d’accord, mais je pense que l’État ne devrait pas avoir « d’autres chats à fouetter ». Je pense qu’il n’y a pas de sujet plus important que la naissance d’un enfant. Car donner la vie, l’accompagner, l’aider à grandir, c’est faire circuler l’amour. Ciment de toute relation humaine véritable depuis la nuit des temps. Car donner la vie, c’est offrir au monde une nouvelle voix (voie), une nouvelle chance de progrès et de rayonnement. On l’oublie parfois, mais Marie Curie, Victor Hugo, Gandhi ou Simone Veil ont d’abord été des enfants. Et je ne connais pas un parent qui ne souhaiterait à sa progéniture le même destin.

Les premières semaines de vie d’un nourrisson sont cruciales. Pour son propre développement, mais également pour le développement de son foyer. C’est un nouvel équilibre à trouver, une famille qui se construit et évolue. Dans ces instants décisifs, les parents ont besoin l’un de l’autre. Psychologiquement, émotionnellement, logistiquement. Certaines mères se vantent d’avoir réussi cet exploit seules, car selon elles « ce n’est pas la place du père de changer les couches ». Infime minorité, devant faire bondir les mamans célibataires qui auraient rêvé bénéficier d’un peu d’aide.

Certains hommes (essentiellement non-pères eux-mêmes) m’ont demandé d’aller travailler et de cotiser au lieu de me plaindre. Je travaille. Dur. Et je n’ai jamais touché le chômage. Je cotise, comme tout le monde. Ma femme aussi travaille. Comme nos salaires sont équilibrés, impossible pour l’un de nous de prendre le congé parental (397€ je rappel), ni même de faire un mi-temps. Vous êtres très nombreux dans la même situation. À courir, se battre, aimer, s’entre-aider, trouver des plans B, C, D, à faire de votre mieux malgré les contraintes du système.

Demander un allongement du congé paternité n’est pas un caprice. J’y verrais un progrès sociétal fondamental. Une opportunité pour les hommes de s’impliquer davantage dans la vie post-naissance du foyer, et pour les femmes d’être aidées et soutenues plus qu’elles ne le sont aujourd’hui – malgré les efforts de la plupart des papas. Sans compter les discriminations dont elles sont victimes à l’embauche, et qui certainement tendraient à diminuer avec une telle mesure. J’y verrais la preuve d’un état moderne, en phase avec l’évolution des mentalités.

Je n’ai pas de formule miracle, mais nous sommes aujourd’hui confrontés à une situation paradoxale, qui voit l’Etat dépenser autant (voire plus) pour nous aider à faire garder nos bébés par d’autres personnes (CAF, crédits d’impôts, etc.), que pour nous permettre d’en prendre soin nous-mêmes (montant du congé parental inférieur au RSA). Pourquoi ne pas imaginer un congé « arrivée de bébé » pour les 2 parents, au lieu des congés maternité/paternité/parental actuels ? Cela aurait au moins le mérite de réduire les inégalités hommes/femmes. Je ne suis pas un spécialiste de ces questions, mais voilà peut-être une piste de réflexion à creuser.

Dans tous les cas, et c’est la conclusion que je tire de vos très nombreux témoignages, le constat est accablant et sans appel. Dans leur immense majorité, les papas souffrent d’abandonner leur bébé quelques jours après la naissance, et les mamans souffrent tout autant de devoir confier leur nourrisson d’à peine deux mois à des étrangers. C’est une déchirure morale, spirituelle et physiologique. Et je n’évoque pas ici les professions libérales, les entrepreneurs, les agriculteurs, etc. pour qui l’équation semble encore plus compliquée à résoudre. Aider les parents à rester plus longtemps avec leur bébé (et encore une fois, aux capitalistes forcenés qui crient au gaspillage de l’argent public, des rééquilibrages budgétaires pourraient certainement être trouvés), créerait une génération d’humains plus épanouis, heureux et empathiques.

Pour ceux qui veulent agir, n’hésitez pas à donner votre avis sur la consultation lancée par le Ministère des Solidarités et de la Santé :
https://solidarites-sante.gouv.fr/…/parents-votre-avis-comp…

Si l’on ne se bat pas pour sa famille, pour qui et quoi se battre ?

Papa Plume
Ig : papa_plume_paris
Blog : papaplume.com

1 comment

  1. Comment by Paul

    Paul Reply février 18, 2020 at 12:15 am

    Bonjour,

    J’admire et je soutiens votre/notre combat à 100%. J’aimerais apporter mon témoignage, celui d’un père qui a la chance de travailler dans une grande et rare entreprise où est mis en place un « vrai » congé paternité de 16semaines avec un maintien de salaire à 100%.

    C’est possible ! Je l’ai fais et pour rien au monde je ne redonnerais ces semaines la…

    Un jeune papa convaincu !

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